Sans rien faire, comme cela, elle s’ouvre. Il y avait bien un mot inscrit sur cette porte, mais c’est allé si vite … Un mot, sûrement pour dire que tout allait commencer.

Le voici projeté dans un nouvel univers. C’est un couloir. Il entend des voix. Après quelques pas mal assurés, il s’arrête devant une deuxième porte. Cette fois, il a le temps de lire : « Enfance ». Le battant ouvre sur un préau et plein de bambins en train de chahuter. La chaleur et la poussière font l’air irrespirable. Il revient sur ses pas. « Oxygène » dit une voix.

Sur la porte suivante il lit «Université ». Il l’ouvre et se trouve en bas d’un immense amphithéâtre. Près de lui, un professeur conseille: « Dans la vie, sachez pousser les bonnes portes et vous tenir à l’écart des autres … ». Il rebrousse chemin sur la pointe des pieds pour ne pas troubler une atmosphère si studieuse. « Doucement » dit une autre voix.

C’est avec enthousiasme qu’il se précipite vers la porte « Amour ». Dans une gondole dorée, une jeune femme tout sourire lui tend les bras. Il l’étreint puis se ravise. Dans le couloir, il entend : « Cœur ».

Derrière la porte « Mariage », Claire, son épouse, l’attend, vêtue d’une éclatante robe blanche. Il prend tout juste le temps de l’embrasser et le voici déjà de retour. « Rapide», dit une autre voix.

Dans ce couloir étrange, les portes se succèdent : « Travail », « Biberons », « Joie », « Amis », « Luxure », « Tristesse », « Vacances » et d’autres encore. À chaque fois, c’est le plein d’émotions grandeur nature, le brassage de mille souvenirs.

À la porte « Maladie », il évite de justesse de pousser le battant, préférant déambuler gaiement. « On a peut-être évité le pire» murmure une des voix. Il vient d’ouvrir la porte « Santé » et se met à marcher, aérien au cœur d’une forêt paisible et douce. Il y serait bien resté mais il quitte cette pièce grandeur plus que nature car il en veut plus encore.

Euphorique, il se jette sur la porte « Bonheur ». Il pousse en vain puis se rend à l’évidence : ce n’est qu’un trompe-l’œil.  « Un problème ? », entend-t-il. Cette fois il a envie de répondre, dire haut et fort que le bonheur mériterait sa porte lui aussi. « Pas vraiment » dit une voix comme si on avait lu dans ses pensées.

Au fond, là-bas, il devine le bout de son chemin. Il passe de nouveau par des portes « Vacances », « Enfants » et encore « Travail »… Soudain, cette tranquille balade s’arrête à la porte « Accident ». Au diable le conseil du professeur, il l’ouvre. Un choc effroyable l’inonde de douleurs. Il se sent broyé. Aveuglé, il rampe jusqu’au couloir. « C’est foutu» dit la voix. Le voici devant la dernière porte, celle du bout.

Sans rien faire, comme cela, elle s’ouvre. Il y avait bien un mot inscrit sur cette porte, mais c’est allé si vite … Un mot, sûrement pour dire que tout était fini.

Stan Dell

Avril 2015

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