Ils ont quitté leurs champs ; traversé la forêt ; sont arrivés sur les lieux.

On perçoit leurs silhouettes massives bosseler la ligne du paysage.

On les devine dans leurs capuchons cendrés, agenouillés près des corps froids.

Ils s’affairent, silencieux, absorbés, insensibles aux odeurs ;

Progressent par glissements successifs ;

Travaillent vite avant que d’autres ne les chassent ;

Empochent la précieuse collecte dans leurs tabliers.

Macabre besogne, rituellement exécutée.

Parfois, une lueur gicle sur la lame des outils.

Cependant, ils ne coupent, ni n’entaillent, ni ne pénètrent les chairs.

Ils grattent, raclent, rasent, rabotent, décapent, décollent le sang séché ;

Font sauter croûtes molles, grumeaux noirâtres ;

Puisent dans les plaies, les trous, les sillons, les plis ;

Amassent caillots fibrineux, nervures carminées, filets coagulés.

Déjà ils regagnent leurs champs ;

Rassemblent et pèsent leur butin ;

Se réjouissent : la récolte sera généreuse.

Les femmes étalent la pâte sublime au soleil ;

La broient, la réduisent en poudre ;

Retournent la terre ; épandent la matière brune.

Les gestes sont amples et prometteurs.

La pluie tombera ; déjà s’élèvent les incantations.

Le printemps venu, la sève gonfle les veines enfouies.

Les tiges drues percent les mottes croûteuses.

Les verts explosent d’énergie sur le bleu.

Le sang cingle la torpeur à coups secs.

Il fouaille les corps à vif.

Décembre 2015.

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