Beauté de lettres (Stan DELL )

Elles partirent vingt-six mais par un prompt vent fort elles ne se virent que cinq arriver au cœur malade du monde.

A – La première de toujours ouvrit le mot et s’écria « Ah enfin ! ». Le cœur se mit à trembler ; de quoi allait-on le priver ?

M – Partie après L, on vit poindre un nouveau Monde, un monde comme on aime.

O – Vint alors une lettre sans histoires, prête à embrasser les rondeurs du cœur. Regardez-moi bien, je ne suis pas le zéro que vous croyez voir ! s’écria-t-elle.

U – Puis s’échut l’hurluberlue tordue au fichu pointu et au tutu décousu. Une touche de folie, signe que rien n’est jamais foutu.

R – Enfin un air de musique douce, arriva sur le champ, annonçant l’avènement d’un mot divin et le soulagement de maux malins.

Elles partirent vingt-six mais contre les vents les plus forts, cinq d’entre elles sauvèrent le monde …

Stan Dell

Décembre 2017

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Mes lettres d’amour (Isabelle Minière)

Tu m’as demandé des lettres d’amour.

J’ai hoché la tête, je ne savais pas quoi dire. C’était trop pour moi. Trop grand, trop gros, je ne me sentais pas à la hauteur. La hauteur de quoi ? Je ne savais pas trop. J’avais surtout peur de te décevoir.

Ça semblait si important pour toi, ces lettres d’amour.

 

Moi, en matière de lettres, je connaissais surtout l’alphabet. Dans mon enfance, j’avais beaucoup aimé réciter l’alphabet, ça me rassurait – bien plus que les tables de multiplication. Les lettres seraient toujours là, on pouvait compter sur elles. Compter sur elles pour lire les panneaux sur la route, le menu au restaurant, répondre aux courriers, déchiffrer un message…

J’aimais les facteurs, ces hommes de lettres, qui en distribuaient en pagaille, les bonnes et les mauvaises nouvelles. J’ai rencontré un facteur qui lisait beaucoup, distribuer le courrier ne lui suffisait pas.

 

Bref, tu voulais des lettres d’amour, on ne t’en avait jamais envoyé, tu voulais connaître ça. Mais tu ne voulais pas m’obliger, non, non, pas du tout, tu as bien insisté : j’étais libre de les écrire ou pas.

C’était agaçant : plus tu insistais sur ma liberté (de les écrire ou pas), plus je me sentais coupable de ne pas le faire.

En plus, je voulais te faire plaisir. J’aime te faire plaisir.

 

Alors les voilà, mes lettes d’amour :

 

A comme affection, allumettes, amulettes

B comme batifoler, blaguer, bijoux, bisous

C comme complicité, cirque, citrouille

D comme douceur, ding dingue dong

E comme embrasser, étreindre, enlacer

F comme fort, fragile, folies, fantaisie

G comme gourmandise, gribouiller

H comme Hou là là !!!

I comme imaginaire, intense

J comme jouer, jouer avec toi, le jour, la nuit

K comme kalin, avec un K – c’est plus koquin, avec un K

L comme lumière

M comme malicieux, mystérieux

N comme nous – toi et moi, noués

O comme onirique, toi et moi dans le même rêve

P comme paisible, pacifique

Q comme Q – le Q avec toi, ça me va

R comme Reste encore un peu, reste tant que tu veux

S comme ton souffle, ta salive, tes silences, ta sollicitude

T comme tendresse, la tienne, la mienne

U comme urgence de te voir, de te parler, de te toucher

V comme vouloir toi

W comme Wah ! comme j’aime que tu sois là

X comme… classé X, mes mains sur ta peau, etc., etc.

Y comme Y reviendras-tu, à mes bras, à mes mains, malgré mes lettres d’amour, si maladroites ?

Z comme… ze t’embrasse, ze t’embrasse au moins vingt-six fois.

 

 

Chanson sans paroles – Jacques Brel

 

J’aurais aimé ma belle

T’écrire une chanson

 Sur cette mélodie

Rencontrée une nuit

J’aurais aimé ma belle

Rien qu’au point d’Alençon

T’écrire un long poème

T’écrire un long « je t’aime »

 

Je t’aurais dit « amour »

Je t’aurais dit « toujours »

Mais de mille façons

Mais par mille détours

Je t’aurais dit « partons »

Je t’aurais dit « brûlons »

 

Le temps de prendre une plume

Le temps de la tailler

Mais le temps de me dire

Comment vais-je l’écrire

Et le temps est venu

Où tu ne m’aimais plus

 

Le temps de prendre une plume

Le temps de la tailler

Mais le temps de me dire

Comment vais-je l’écrire

Et le temps est venu

Où tu ne m’aimais plus

Une feuille blanche (Gérard Mottet)

Une feuille blanche comme un jour qui se lève

un peu d’encre essentielle aux couleurs de ténèbres

une plume neuve pour écrire ta vie

voilà ton lot.

 

Le temps qu’il te sera donné de vivre

tu écriras ce qui t’émeut   te fait souffrir   te bouleverse

tous les élans et les chagrins d’amour

qui chavirent ton cœur.

 

Et quand ta page sera terminée

mets-la sous pli   affranchis-la

et confie-la

au facteur vent qui passe

 

le vent dans sa besace alors l’emportera

destination étoiles

comme le plus beau témoignage

de ton humanité.

 

* * *

 

 

                     colombes  messagÈres

 

 

Le destin lui ayant fait signe de le suivre

on retrouva dans ses tiroirs

scellés

des lettres d’amour par dizaines   par centaines

 

qu’il n’avait jamais envoyées.

 

Aussitôt les unes après les autres

les pages retrouvant leur souffle d’autrefois

se plièrent en deux   frémirent un instant

au vent frais de l’aurore

 

secouèrent leurs ailes

 

et s’envolèrent ensemble tel un lâcher

soudain

de colombes messagères   vers l’Inconnue

dont elles ignoraient l’adresse

 

et qui n’avait peut-être jamais existé.

 

* * *

 

 

     Modoux ( Catherine Jarrett)   

À mon modoux  a répondu

Merci Hélène 

 

Ni je t’embrasse  comment vas-tu  et  que fais-tu

Oh  plus jamais  comment vas-tu

Ni  Où es-tu

Depuis depuis  qu’Elle  elle n’est plus

Elle  la femme jadis si belle

Qui par les prés et par les pierres

Volait  filait

Échafaudant les longs demain

La vie si pleine

Les pétrissant  les retournant

Toutes ses mains y fourrageant pâte vermeille

Elle  la mère

 

Deux mots

Merci Hélène

 

Mais a signé

Un p  un a    un p  un a

comme chevaux dans un manège

2 p  2 a  en minuscules

Chevaux de bois  comme autrefois

Autrefois en son temps à Elle

 

 

Et pour ce p et pour ce a

En minuscules et redoublés

petits chevaux dans le manège

Ses yeux si las  ses yeux débordent

Et elle écrit

 

« Merci mon père pour tes chevaux

Chevaux de bois dans le manège

Leur ronde douce

Et pour tes bras qui me soulèvent

Souliers vernis et velours bleu

Et me déposent en ronde folle

En ronde folle dans le manège

Merci mon père

Merci papa

Hélène « 

 

Mon amour (François Minod)

Tu es mon amour
Mais tu ne le sais pas
Encore
Moi non plus
je ne le savais pas
Jusqu’à ce qu’une voix
Me susurre à l’oreille
C’est elle
Qui sera ton amour
Pour toujours
Tu as gagné
Son cœur
Mais elle ne le sait pas
Encore
Va et annonce-lui
La bonne nouvelle
C’est ce que je fais
En ce jour
Mon amour

Je t’annonce
La bonne nouvelle
Même si mon cœur
Ne le sait pas encore
Ni mon corps non plus
D’ailleurs
Juste dire
Au creux de ton oreille
M O N  A M O U R… M O N  A M O U R… M O N  A M O U R

Lettre d’amour (Anne)

Mon Cœur,

Il est minuit sur la lune et je t’attends. Je sais, tu vas rentrer au bout de ton poème. Dedans, je rangerai nos souvenirs et le temps qu’il nous reste. Entre chaque ligne, j’écrirai cette quête qui t’appelle, ces traits qui t’assemblent et ce rythme blanc qui te préface. Mon Amour, tu es mon prologue, ma vie, ma très ancienne, la biographie de mon songe. Loin dans mon corps, tu viens me tracer, envisager cette cérémonie de la lumière, souligner mes immaturités où j’ai tant à grandir.

A travers ton pinceau, ton appareil photo, tes videos, je ne sais où poindre. Sur mon temps intérieur tu fais des decalcomanies et des incursions dans mon regard. Tu me saisis aux bordures, tu me découpes là où je m’y attends le moins. Comment cristalliser tes imprévisibles …. ?

Un jour, quand tu viendras, lesté d’un plus grand poème, nous commettrons ensemble tes prestigieux fantômes. Nous glisserons le courage dans les eaux lentes, tu réapprendras doucement la peur et ce qu’elle a à te dire. Elle fut ton sortilège quand tu avais 30 ans, armée tonnerre, de police et de rites dissidents. A nouveau, tu feras corps avec les mots, tu iras au fond de toi, interroger ces archives du silence, elles traduiront ta justice.

Je t’aiderai à t’écrire, tu m’appliqueras tes fluides et ta transparence. Je te dirai comment vaincre, comment brûler. Là où tu dissimules ton sommeil, tu me donneras les formules de la lumière. Je compte sur toi, tu t’en souviendras. Tu es ma résonnance, mon pôle, mon atmosphère. Tu respires les clartés et me tiens lieu de racine. Là où tu es, je forme mon nom.

Mon baiser te signe

A

Au pied de la lettre (Nicole Goujon)

Ils s’écrivaient souvent, très souvent, des mots, des pensées, plus que des lettres d’ailleurs. Ils évitaient de s’étaler, de se répandre. Non, leur histoire d’amour ne se transformerait pas en roman d’amour !… Ils limitaient tout développement, explication, déclaration. Pour autant n’envoyaient ni textos, ni courriels. Ils préféraient « le grand style : romantisme et marivaudage »! Le jeu, l’échange des billets doux, tendres ou pas d’ailleurs…

En effet, il est plus juste de qualifier de « billets » ces petits mots, ces quelques lignes, fragments, confettis, petits cailloux susceptibles d’ébaucher leur chemin aventureux et amoureux.

Ils écrivaient toujours à la main, au crayon, stylo…, soucieux de relever les traces d’application, maladresse, hésitation, rature… Autant de traces du corps (dans « correspondance » c’est le corps qui répond…). Charme et sensualité des mots, qu’ils soient lancés, jetés sur la page dans un mouvement d’humeur -ardeur ou désespoir-, ou bien délicatement pesés, pensés, calculés… Calme et tempête. Pleurs et ravissement. Pudeur et violence. Méandres de l’amour et de ses errances. Labyrinthe des sentiments. Aventure émotionnelle…

Si le contenu était court et souvent poétique, le choix du papier -qualité et pliage-, celui de l’enveloppe -matière et format-, la place du texte sur la page, son éventuelle mise en couleurs, participaient tout autant de la correspondance. C’était cadeau !

Multiplier les petites attentions. Maintenir le lien. Entretenir la flamme. Surprendre. Suspendre et raviver le désir. Créer un espace d’intimité… Que faire d’autre d’ailleurs?… Que pouvaient-ils se dire de plus? Tout n’avait-il pas déjà été dit dès les premiers mots? La première fois? La déclaration? Le cri, moment sublime, perdu à jamais, sans retour possible. Ils savaient que la première rencontre ne reviendrait pas, et que les lettres ne feraient qu’entretenir ce leurre…

.

Alors ils écrivaient le quotidien, ses événements futiles, ses platitudes, ses bêtises : « il pleut…; j’ai fait un tour à vélo…; X m’a rendu visite…; j’ai bien dormi…; je me suis fait un sang d’encre... » Echangeaient des mots niais, enfantins, des petits riens de l’existence, des bouts d’histoire… l’intime distillé au compte-gouttes, des émotions par éclats, des explorations et des confidences abrégées : « je m’inquiète…, je me réjouis… ». D’ailleurs, jamais on ne pourra « tout dire » !…, jamais ! Alors on se contentera de grains épars, de feuilles volantes, de poussières de mots.

Ils mélangeaient le « tu » et le « vous » selon une grammaire qui leur était propre. Experts dans l’art de  sérier et de nuancer, ils jonglaient avec des règles non-explicites. Ils entrecroisaient distance, subtilité, courtoisie du « vous », et proximité, familiarité, possessivité du « tu »… S’enroulaient dans leurs mots. Dans cette ardente tension, ce talent romantique, avec souplesse, pétillant, artifice, érotisme, ils inscrivaient leur histoire, au pied de la lettre, dans la langue.

Lettre d’amour (Antonia Soulez)

Amour en cryptogramme

 

Le lettre était un mot écrit à l’encre fine

 

Que je découvris un jour entre deux  feuilles de la petite Fada,

 

Sur un rayon à livre. Elle dépassait d’un coin lissé en biais,

 

une languette  de papier pour m’inciter à la tirer. Il l’avait glissée là pour que je

 

la trouve,

 

une main la sienne l’avait insérée vivante avec la délicatesse d’un amour ganté

 

pour que la voyant j’en fusse surprise d’abord mais aussi pour qu’il n’y ait de

 

contact qu’entre deux pages lesquelles  feuille à feuille se cousinaient

 

un amour interdit.

 

Ainsi, de la voir dépasser, je la possédai d’emblée  avant d’en user. Ce qu’elle

 

me disait à moi je ne sais plus. Ai-je même regardé ? C’était un lieu plutôt

 

qu’un  sens, le pli d’une missive pour y répondre au vol plané d’un geste,  pour

 

esquissé un regard oui à l’amour.

 

Alors, ce qu’elle me disait si c’est à moi, je ne sais plus. Un détective l’aurait su,

 

un Monsieur Dupin sans doute, mais qu’importe  le contenu ! il suffit d’une

 

lettre glissée entre deux feuilles de livre, deux portées d’écritures calfeutrant le

 

souffle d’un  soupirant, pas besoin de message, peut-être rien à dire, juste

 

sa caresse à la tourne d’un passage, une évidence à ne pas vérifier,

 

à ne surtout pas  déchiffrer.

 

Le secret était de ne pas en avoir un à dire,  un aveu

 

seulement livré à découvert, enluminé sans intérieur,  pas un message à dire

 

orné d’atours affriolants,  juste l’aveu d’un doigt ganté, un prière d’insérer !

 

Antonia Soulez

 

16 décembre 2017-12-16

Pour le BL

Amour (Isabelle Camarieu)

Amour

 

 

Pour dire donner tout

L‘énorme potentiel

La semeuse, l’averse,

La vapeur

Que j’envie

Il me faudrait l’espace

Et des canons géants

Pour vous jeter en sus

L’amour en confettis

 

 

 

 

 

 

 

Mille et une folies, versets, sur le versant pentu de mes sourires secrets, je cultive en mon coeur, une fleur narcotique à la sève émotive. Passant mes heures chastes les yeux à demi-clos, j’enceints de mes pensées un espace joli, au-dessus de l’esprit, un locus à entrées, une forme sans idées.

Sur ma joue toutefois à douceur angélique, en soupirs de violons, passe tout en raideur, le signe cadavérique d’une folle véridique. Pourquoi avoir si peur ? J’ai beau vouloir d’étreindre, sable de mon amour…

Seule consolation, ton sourire, en cet espace, demeure.

 

 

 

 

Dans l’embrasure de la porte fenêtre

prend le soleil debout

un homme jeune et blond

 

Le timbre de sa voix

chuchote à mon tympan

mais il ne parle pas

et ses yeux de baigneur

m’arment d’une lumière si fine

que le languis toujours

de les voir se r’ouvrir

 

 

 

 

 

 

 

Je veux bien être ta dame…

dame de coeur, dame à ton bras,

Haut porteras-tu mes couleurs?

Ame de roi, que sur des palmes

passe la douceur de tes pas

je veux  bien être toute à toi…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans la voiture,

oui

Dans la voiture

Sur le monde de la dureté

– Abolie

Tes baisers- tes baisers

Dis

Souviens t’en – près de la rive

– Et des éboulis

Tes baisers-tes baisers

Avaient un goût exquis

Oui

 

réminiscence d’oubli.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ton cœur cheval de bois

balance à sa queue

un noeud de vermicelle

et nos peaux de sous-bois

me font fourcher la langue

et si l’on croit lire là

de scabreuses allusions

à l’émerveillement

que l’on s’en rejouisse…

les yeux clos nous déjà

satiété fort prisant

rigolons au doux sport

de notre affable glisse

 

 

 

 

 

 

 

 

A alexei

 

 

 

Ton sommeil siffle un rêve dont je connais les contours

l’arrassante chaleur et la peur s’évaporent toutes en velleité

sur la blancheur qui se faufile aux espaces de fines raies

des ombres notes, d’histoires d’amitiés, d’amours

pour le moins passablement usées.

 

Je tiens et ne tiens dans le vide renouvelé de ces années en allées

la douceur belle et séche de notre lien dans mes bras encore de mise

je t’ai connu t’accompagnant tu m’as tenue me secondant, permise

à la conquête de nos mois égarés, pour nous bien regarder

 

puis-je penser que je t’ai vu, je sens que tu m’as dénudée

maintenant sans devoir déménager, de nos fenêtres respectives,

sur ce que nous avons échangé  nous avons une rétropective

de ta généreuse perspective, quand dans ton œil, l’autre est miré…

 

tu es la muse attentive et désolée, de n’être pas assez prolixe,

tu donnes au monde et pour nous ton cœur si distingué

une gracieuse faconde, un fondement émerveillé

tandis que fringuant brouillard tu t’inities au plus tendre des plis

que nos secrets ont dans l’ombre de l’inspiration tapis

 

d’aucun te juge et te barre pour ton manque d’utilité

je dirai les barbares, qu’ont-ils de si grand apporté ?

toi tu es l’essence la plus humaine à ce don qu’est aimer.

 

Bribes d’amour (Dominique Zineneberg)

Bribes de mots,

Faveurs fanées, lettres jaunies,

D’amours

Défuntes,

Tourments que rien n’efface plus,

Souffle et ferveur

Soif et langueur,

Bribes de mots

De naguère et d’antan,

A vif, comme la braise,

Ardeurs reconnues, chair en demande, en attente, en rejet,

Que de soupirs arrachés, d’imaginations emportées, de folie, de chimères

Dans ces bribes

Et balbutiements,

Dans ces larmes,

Désir à portée de plume.

Bribes de mots courant dans les langues mortes ou vivantes,

Toute honte bue,

Mots qui font corps, lourds liens de langue, d’encre et de sang,

Drain amoureux, délire et style

Douceur, douleur, emportements,

Rappels de l’hier, secrets rappels intimes, dévorants,

Et la cruauté de l’absence qui se lit et s’invente, s’interroge,

Est méfiance, jalousie, terreur de l’oubli…

Lettre d’amour,

Saccage,

Buvard à pleurer,

Figures de style et de proue,

Échos de siècle en siècle, mailles de tricot,

Scandant la peine, le manque et le désir,

Bribes et haillons sur le ciel amoureux,

Sur le nuage du sentiment, sur la pluie aux carreaux,

Dans l’interstice des trames, des grains de papier,

Des scènes de théâtre, furtive caresse, furtive ruse,

Mots doux, secrets, parfums, légendes…

Tromperies, ruses

Et rêveries devant fenêtre, lettre à la main,

Aveu, bonheur, éclat, splendeur…

La lettre n’a que des horizons, des ailleurs, des émois,

D’amour, d’amour, la lettre n’a que l’écart, la faille, le feu.

 

Vernon, le 19 décembre 2017, Dominique Zinenberg.

 

 

***

 

Mots doux, délices,

Chuchotements de glycine

Mots doux qui glissent,

Dans l’interstice du cœur,

Dans les coulisses des jours,

Et la confusion des nuits,

Mots doux, lèvres-salive,

Et cernes bleus de l’attente,

Dans l’indistinct chemin d’errance

Et bruissement des robes,

Froissement du papier dans l’air serein

Mots doux, vin doux, seringa entêtant,

Viole ou vinyle au loin,

Vapeur et buée sur la vitre

Larmes écrites,

Persiennes soudain closes

Mots doux d’amour, d’amour diffractant en écho son appel.

 

Vernon le 19 décembre 2017, Dominique Zinenberg