Le figuier a cogné violemment, figues et fleurs sont tombées

Déferle en bris d’heures verdâtres, l’ouragan des Maures,

Tant qu’à parler c’est de lui que bruit encore tout le pays

Dévastées, les forêts couchées de force, se terrent, tassées ensemble

dans un mouvement de grande aspiration, elles pelissent par secousses

et plissent couvrant sous elles les espèces réfugiées.

Furibond, l’ouragan s’en prend à ce toit de fortune, harcelant

de nuit la vie au sol, arrachant aux fous de Pierre-feu des cris de bête.

Un jour, ce fut, oui par très grand vent qu’ici le feu énamouré des chênes

De sa langue de braise, pourfendit la terre, puis

Terrassant bêtes et gens, conclut à la volée

Ce marché : venger l’oncle contre le siècle, et fomenter là

Au cœur des myrtes un vaste plan :

Il s’agirait de remuer ensemble ciel et terre pour que, en un éclair,

soit endiguée

A tout jamais la source.

De connivence, le maître eut vent, enfila sa tunique, puis houlant

sa ramure, s’arqua debout, sabrant le ciel de grand coups tournoyants

qui firent trembler le voisinage, activant les foyers pour enguirlander l’espèce,

il voulait ainsi venger l’oncle

A l’ire de terreur, qui toujours pestait contre le genre humain

tandis que, à la périphérie du village,

Les fabriques de bouchons menaçaient déjà

de s’effondrer sous les flammes.

Massés sur la grand place, les habitants, plaqués

aux murs des maisons,

femmes et enfants d’abord, attendaient, entourés

d’un cordon d’hommes.

Ceux-ci armés de couvertures de laine, s‘apprêtaient à battre les feux

qui viendraient les cerner, il les attendaient de pied ferme,

comme le tauréador le taureau,

Le furibond lui sifflait emportant tout sur son passage,

Un vacarme inouï de claquements, suivi d’un bruit de soufflerie

Ne laissaient guère d’espoir à la population qui crut bien trépasser

Ce jour-là d’incendie par grand vent.

Puis plus rien. Plus d’oiseau alentour, un silence de mort, Mistral

cessa de siffler, d’un coup, laissant la place à un ciel sans nuages,

immaculé, comme si rien ne s’était passé.

Il avait soudain changé de direction, Un caprice du vent

Qui sauva le pays de l’incendie le plus meurtrier du siècle. C’était en 1919.

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