Le nez est l’esprit, l’esprit qui sent et pense,

Noûs en grec, spire, aspire et respire,

En tous sens,

Fier de l’être, Nez planté droit ou courbe, avec ou sans ailes,

Qu’importe si c’est à hauteur de sourcil,

qu’il rougit sans mentir, ou de profil

s’allonge à force d’en raconter

Plus que la bouche et ses paroles, le nez

N’est plus, car un jour de grand gel au Canada

Se détacha tout simplement tandis que son porteur

lâcha par inadvertance l’écharpe qui le couvrait, oubliant

que son nez ne devait rester ainsi à l’air plus d’un quart d’heure,

C’est alors que tombé du visage, le nez perdit la face .

On le chercha par terre, mais il se cacha derrière le visage

qui regardait devant, tandis que persécuté, lui, le nez

transi d’abord, se croyait pris en chasse.

Bien en vain, car alors privé de support, le nez se fit,

d’appendice sous paupières, objet perdu jusqu’à devenir

au nombre des pièces détachées sur l’étagère  du service, le plus éminent

des fétiches de la rue des Morillons, dont un administrateur de biens pût s’emparer

et pour finir le brader aux puces.

Le cycle ne fut parcouru que lorsqu’il tomba dans la soupière, par la distraction d’une

cuisinière, puis retrouvé tout découpé dans la bassine du barbier, qui tenta bien de le

recoller sur le visage d’un client de fortune, qui refusa la greffe.

De colère, il se passa que

déjà enfariné pour être frit avec le reste des abats de poulet, le nez

se rebiffa tant et si bien qu’il atterrit hors de l’assiette dans la bassine

où d’habitude barbotent les petites mains , au cas où

sait-on jamais, un nez perdu, dix de retrouvés,

D’aigle, à la ligne fière, voilà que le nez s’avoue maintenant plus long que prévu,

A moins que, à la rescousse, il rejoigne à s’y méprendre, le fil du regard, pour s’y

suspendre un moment,

C’est vrai que selon l’angle choisi, le nez, pense olfactivement, ou bien

Vous flaire pensivement,

Tout dépend si juché sur un podium, il vous toise d’un air de vous faire sentir

Qu’à vue de nez, vous vous êtes trompé sur son importance, ou si

plongé dans le pétrin, il devient vite la perle au fond du vase à retrouver

qui vous aurait fait un caractère si vous ne l’aviez point égaré.

Presque sur mesure. Le nez et moi, cela fait tout de même deux. Et

nos disputes témoignent

au quotidien que nez à nez, c’est lui qui a, bien sûr, le dernier mot

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