Le nez dans les nénuphars, le poète est aux aguets.

Les nymphes, douces et malines, lui font la nique.

Il attend qu’elles grimpent lui chatouiller les narines,

et l’éveiller aux rimes.

Hélas !

Le nez dans les nénuphars, dans la sensualité des îles flottantes,

le poète rêve de ravir son flair à la bête.

Le nez dans l’humus, il hume l’air et les racines.

Il fouille la vase, sort des vers, compte leurs pieds.

Le poète fait le porc.

A fleur d’eau, il câline les muses dociles.

Il cale son museau dans leur vulve et sous leurs aisselles.

Il renifle fort, respire goulument, s’enivre,

et se laisse caresser comme un chien.

Le nez dans les fleurs, tout sens dessus dessous,

il suit des âmes invisibles sur les pistes d’une savane capiteuse.

Le poète chasse la charogne avec un rire de hyène.

Naseaux dilatés, groin grognon, mufle humide,

il flaire à fleur de nénuphars les effluves flottantes

des patchoulis de l’Inde et des muscs de la Chine.

Dans le lointain il s’égare, sème ses mots, tombe à l’eau.

Les nymphes rient aux éclats.

Le poète, croupe au soleil, narines au vent épicé,

fait tourner des rimes suaves au bout de ses doigts.

Vertige des senteurs, inspiration des couleurs.

Les nymphes voluptueuses le mènent par le bout du nez.

Hélas !…

Il adore les nymphéas !

janvier 2016

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