– Lui : Je ne voudrais pas être méchant mais …
– Elle : Mais tu vas l’être !
– Lui : Non, puisque j’ai dit « je ne voudrais …», avec le « s » du conditionnel.
– Elle : Sauf qu’il y a un « mais » …
– Lui : La vie est faite de « mais », même de mois,
– Elle : Sauf que le « mais » dit de ta phrase est médisant.
– Lui : De la phrase sans fin qui ne te dit rien de mes fins ?
– Elle : Le « mais » de la méchanceté annoncée.
– Lui : Comment peux-tu en préjuger ?
– Elle : Mais enfin !
– Lui : Tu te mets au « mais » toi aussi ?
– Elle : Pas par mimétisme. Alors, qu’allais-tu dire de méchant ?
– Lui : Tu me prêtes des mots pressentis tels, que dans mon propos tu entends le méchant. Serais-tu
suspicieuse ?
– Elle : Puisqu’il en va ainsi, oublie mon « mais » mesquin et poursuis ta prétérition.
– Lui : Ma quoi ?
– Elle : C’est lorsque l’on feint de passer un propos sous silence. Comme si tu avais lancé « Je pourrais
dire que … » avec le même « s » du même conditionnel.
– Lui : Cela me revient. Tu vois, tu n’es pas la seule à savoir ces choses. Je déteste que tu me prennes
ainsi de haut.
– Elle : Pardonne-moi… Allez, je te laisse me dire ce qui suit ton « je ne voudrais pas etcetera … » !
– Lui : Tu me laisses m’exprimer, enfin ! Quelle fâcheuse manie de contrôler mes propos même
inachevés !
– Elle : T’empêcher de t’exprimer ? Jamais, ni de contrôler tes dires.
– Lui : Je pourrais dire « admettons » !
– Elle : Tu l’as dit.
– Lui : Simple prétérition
– Elle : Et pourquoi « admettons » ?
– Lui : Parce que je ne veux pas être méchant
– Elle : N’empêche qu’en disant cela, tu l’es, t’en rends-tu compte ?
– Lui : Pas le moins du monde !
– Elle : Mais si, tu es méchant sans même en être conscient.
– Lui : Dans mes phrases ou les idées que tu me prêtes tu ne vois que méchanceté. Serais-je le miroir qui
te renvoie ce sentiment inavoué ?
– Elle : Comment peux-tu me traiter ainsi de méchante ? Allez, finissons-en ! Cette phrase …
– Lui : Si tu savais à quel point ce « finissons-en ! » blesse mon cœur ! Si mes propos t’indisposent à ce
point, n’en parlons plus !
– Elle : Simple façon de dire.
– Lui : Ou de me signifier que cela commence à bien faire.
– Elle : Non, j’ai juste voulu suggérer que tu achèves ton énoncé d’un trait fatalement brillant et mettes
ainsi un terme à mon impatience excessive.
– Lui : Quelle invitation !3
– Elle : Puissent ces formes ainsi prodiguées te faire poursuivre !
– Lui : J’entends que ton impatience n’est que formes fictives, artifices tactiques, habiles esquives. Tu me
manipules !
– Elle : Non, tu le sais …
– Lui : Je sais que je l’ai perçu et que cela me chagrine.
– Elle : Pardonne-moi, je n’aurais pas dû. Ce n’est pas correct, je te le concède. Allez, poursuis, s’il te
plait ton « je ne voudrais pas être méchant mais … »
– Lui : Je vois que mon chagrin doit s’effacer derrière l’impétuosité de ta hâte.
– Elle : Je t’ai fait de la peine ? Si tel est le cas, je m’en veux tu sais.
– Lui : Parce que tu en doutes ? Me prendrais-tu pour un menteur ?
– Elle : Non, pas du tout.
– Lui : N’empêche que ton « si tel est le cas » ne me renvoie pas la moindre bribe de bonté.
– Elle : C’est un fait, je ne mérite pas que tu la termines cette fameuse phrase.
– Lui : Enfin, tu le reconnais.
– Elle : Oui, je suis méchante avec toi.
– Lui : Tu as raison, je ne terminerai pas ma phrase. Tu viens de t’en charger.

Stan Dell
Octobre 2012

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