Nuages, de temps en temps. E. m. p. s ? Non

De tant en tant, a. n. t, référence au nombre. Comme ces jeux d’enfants dans les magazines tout barbouillés à coups de crayon de couleur mal maîtrisés. De 7 à 9, une grande virgule, c’est en fait une bouche ? De 11 à 15, trait tout recroquevillé, une oreille apparaît. Nuage de points à suivre …de même divination, mantique, l’apparition dans le ciel, les yeux inoccupés à y lire des formes dans la blancheur généreuse de ses gros barnum d’atmosphère. Mutatis mutandis le voilà Cheval renversé, chien mordant, gâteau de pise, lente mise à jour des désirs ou des peurs ? Le nuage en dit long, pas le cirrocumulus traînard invétéré, ce bas filé, se fait les voiles.

Tu es dans les nuages ? Oui, de ton en ton, Je parle de ces gras gris, blancs, joufflus circonférants à nos têtes perdues .. Buée spirituelle. Choux fleurs en expansion, ballonements des cieux, explosion d’illusions figées, distraction pour un instant ôtés du temps. E. m. p. s . Cerveaux errants, nous rêvons aux nuages, que pensent-ils de nous ? … Monotonie céleste, la tête dans les nuages, le nuage est en ascension.

Le nuage en dit long, le nuage en nylon, de ton en ton, le nuage en sky, en cuir véritable, en faux mouton, le nuage change de temps, se dresse en mont, s’étire, s’étale sur le bleu, s’étiole en coin et s’effondre en pleurs pour rien : le ciel sans nuage est comme une patinoire sans poisson.

Nuages opulents d’aujourd’hui, angéliques de nodosités, nid à vierge soudain gracieux :ornementé de rayons. Là-haut dans le ciel, Dieu (je vous le livre en toute discrétion) chut ! Dieu dort dans ses matelas géants. Trop tentant ! Dieu sacrifie à la paresse ! Comme nous les regardant, vivants laissant fuir du temps les aiguilles efficaces, pour jouir du volume, de la lenteur de l’immense blancheur sur les crevasses de gris foncé ouvertes dans leur masse.

Crevons-le crevons-le. Cri ! Et voici convoqués les sempiternels associés nuageux : la foudre, l’orage et plus méta pas euphorique (bouchez-vous le nez) l’abcès. Après la pluie le beau temps, madame la comtesse. Le beau rose nuées matinales, saintetés primitives du fra Angelico… mais d’art passons à l’artifice…

Imaginons un ciel de carton dur, des nuages qui tombent . Grosse masse molle qui s’écrase qui s’affale et se fiche, ballon dégonflé dans les clochers ou sur les minarets. Imaginons sa peau souple sous nos pas de premier de cordée, gondolé par le rire, sur sa surface instable et bondissante sous la pression de l’air captif énorme… imaginons cauchemar le nuage en dur : plâtre pour nous tomber sur le poil : pompéiens paralysés d’effroi dans une barbe à papa à prise ultrarapide.

Non, le nuage est évocation, lente évaporation, voyage autour du monde… fantaisies anticycloniques, mirettes des vents, tousse vent sculpteur ! Éole est un éructeur de monts blancs.

Quant à moi, aérienne toute emmenée, je prendrai avec joie une tasse de thé

thé avec un peu de lait,

à la nage d’un nuage.

Isabelle Camarrieu (avec des idées d’Alexei Kapychev)

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