Soudain, elle est entrée.

Et ce fût comme une apparition.

Avant de la voir, elle, c’était sa fatigue que l’on voyait.

Une fatigue indéfinissable qui la précédait, l’enveloppait toute entière.

Elle avançait avec lenteur et avec assurance.

Sa faiblesse et sa détermination tenaient lieu d’être.

On sentait une présence équivoque et troublante ; un malaise.

A son arrivée, on a baissé le ton, puis on s’est tu.

Personne n’osa rompre le silence.

Personne n’osa la saluer, se présenter ;

lui demander d’où elle venait ; ce qu’elle cherchait ;

qui elle connaissait ; si elle avait rendez-vous ;

si elle était déjà venue ici ?

Sa fatigue la protégeait de toute curiosité.

Un léger frisson passa dans les dos.

Elle se tenait là, intruse et évidente à la fois.

Son regard ne fixait rien, ni personne.

Son masque de lassitude s’imposait et tenait à distance.

Elle continua d’avancer, résolue, intimidante.

On s’écarta, recula sa chaise pour élargir le passage.

On retint son souffle et se racla la gorge.

On se senti troublé, délogé, étranger chez soi.

L’épuisement fût le plus fort et elle prit une chaise.

Assise, accablée, repliée, elle attendit un moment.

Puis, elle se tourna vers un enfant et marmonna… « un verre d’eau ».

Elle but d’un trait, reposa le verre et dit « Je vous remercie de votre hospitalité ».

Elle se redressa, secoua sa jupe, traversa la pièce et sortit.

Sidéré, on la suivi des yeux jusqu’au chemin.

Sur la chaise, un brin de myosotis… forget me not…

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